La pratique du zen, comme toute voie issue du bouddhisme, a une finalité bien spécifique, même si la méthode employée n’a pas pour objet l’acquisition ou le profit. D’une part, et par essence, c’est une voie de l’être et non de l’avoir  ; d’autre part, la nature  profonde de l’homme, appelée nature de Bouddha, lui est originelle et n’est donc pas à acquérir ; enfin cette nature, fondée sur l’impermanence, n’étant que vacuité, n’offre aucun objet à retenir.   La seule finalité reste donc celle d’une qualité d’être sans souffrance existentielle, sans souffrance morale qui serait causée par l’attachement à un avoir. La prise de conscience de cette cause de la souffrance recèle les moyens d’y échapper. La compréhension de l’inexistence d’un moi fixe, illusoire, qui n’est que la rencontre ou l’agrégation, le temps de la vie, d’éléments épars incite à renoncer à toute idée de possession sans limite. 

C’est d’abord, chez le pratiquant, une compréhension intellectuelle, mais celle-ci ne suffit pas. Il faut encore qu’elle soit intégrée, « digérée », par le corps et par l’inconscient pour devenir une réalité de vie. Le seul outil est le lâcher prise du sentiment d’un Moi individuel, et donc de l’idée de possession, de l’idée de division ou de séparation. 

L’éveil n’est que réveil à la réalité déjà présente, sans distance créée dans l’espace ou le temps. C’est la vision fraîche de l’unité du corps et de l’esprit, mais aussi de tous les êtres et de leur environnement.  Le lâcher-prise conduit à se libérer de l’idée de tout support permanent, de tout modèle préexistant, de tout cadre mental qui pourrait limiter les multiples aspects de l’existence. Vivre l’ici et maintenant, ce n’est pas rester confiné dans l’instant présent, c’est au contraire vivre dans tous les lieux et dans tous les temps ; c’est abolir l’illusion d’un ailleurs impossible, lequel est plus souvent source de frustration, de culpabilité ou de sentiment d’échec plutôt que de réconfort.  Pour le zen, la réalité ultime est révélée dans chaque acte ordinaire. Pour connaître cet éveil, il suffit de pénétrer sincèrement une seule pratique, sans avoir à se disperser. Cela ne dépend pas de la durée de la pratique, mais bien de l’intensité du lâcher prise  immédiat. 

Un des plus anciens textes zen déclare que la Grande Voie n’est pas difficile, car il suffit de ne pas choisir. On retrouve, là, la notion de non-discrimination mentale, de perception immédiate et d’action juste qui en découle. Encore faut-il que cette attitude soit spontanée et non le résultat de l’adoption de principes, d’une philosophie, de règles éthiques particulières, car ce serait retomber dans les pièges de l’intellect. La juste pratique ou, dit autrement, la pratique, quand elle est juste, devient inconsciente. Le lâcher prise issu de la pratique devient naturel. Celui qui se définirait autrement que comme homme ordinaire, par exemple comme un pratiquant du zen, serait instantanément hors de la voie qu’il prétend suivre. 

Le zen a toujours insisté sur la simultanéité de la pratique et de l’éveil. La pratique elle-même est éveil. C’est pourquoi, il n’y a rien à rechercher, sinon à ÊTRE totalement sincère dans sa démarche. Tant qu’il y aura de la demi-mesure dans le lâcher prise, il n’y aura pas de véritable zen. Une infime retenue dans ce domaine et vous serez à des années lumières de la vraie nature.  Le zen est le trou noir des auberges espagnoles : on y trouve autant que ce que l’on y abandonne ! Autant d’ÊTRE que ce l’on y abandonne d’AVOIR…., bien sûr ! 

Outre la sincérité profonde, la pratique du zen demande un courage persistant. La pratique dans le bouddhisme a souvent été décrite comme le retrait d’un tapis confortable et moelleux sous les pieds du pratiquant qui se retrouve, tout à coup, à marcher dans le vide. Et l’on sait combien le zen retire brutalement ce tapis et cause la frayeur de certains adeptes. 

Se trouver, en effet, totalement libre, sans repères, sans préjugés, sans certitudes, sans illusions, sans dogme et même sans éthique prédéfinie est une expérience vertigineuse. Tous ces domaines n’appartiennent effectivement qu’à l’univers mental et à ses constructions qu’il est demandé de lâcher totalement.  La grande question devient, notamment pour des occidentaux : quels sont les gardes-fous, les principes moraux, l’éthique de vie ? Le bouddhisme est-il un anarchisme moral où chacun est livré à lui-même ou se sent libre de faire ce que bon lui semble ?  En fait ces questions ne peuvent être posées que dans le cadre d’une réflexion intectuelle ou morale  ; elles restent dans le champ de la discrimination intellectuelle. 

Le discernement entre le bien et le mal, notamment – pour autant qu’il soit possible de prévoir à l’avance quelle action peut être bonne ou mauvaise dans ses effets, ce qui suppose déjà une immensité de sagesse pour démêler la complexité des interactions possibles et de leurs développements – est le résultat des choix effectués dans un cadre dualiste.   

Or, grâce au lâcher prise et à l’inexistence constatée du moi, l’action se fait dans l’unité, au-delà des notions de bien, de mal ou de neutralité : un acte fait dans la conscience naturelle et immédiate de l’unité, de la non-séparation des choses et des êtres, ne peut avoir pour objet de nuire à cette unité, à ces choses ou à ces êtres.

Le comportement éthique en accord avec l’ordre naturel devient spontané, sans besoin d’un apprentissage ou d’une acquisition particulière. Il se fait par empathie et exprime la compassion. Sans éveil simultané, la pratique d’une morale ne correspondrait qu’à se soumettre à des préceptes nécessitant beaucoup d’efforts, de la culpabilité et qui pourraient être abandonnés dès lors qu’ils n’apporteraient pas les fruits attendus ou seraient mis à mal par une réalité trop dure. 

Seule l’éthique naturelle surgie des fondements même l’être, survit aux obstacles, aux échecs ou aux souffrances. Mieux encore, la pratique juste dans le lâcher prise ne connaît pas les obstacles, les échecs ou la souffrance nés de l’ego et de son instrument mental ; le comportement moral établi sur ces bases reste solide, quel que soit l’environnement et les circonstances.   



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