Archives pour juin 2010

Message de fin d’année 2009-2010

Depuis maintenant dix-huit ans, je passe plus de temps à décourager les nouveaux candidats à la pratique du zen qu’à les accueillir. Il y a effectivement beaucoup trop de fausses attentes et de fantasmes derrière le mot zen. Seul celui ou celle qui est réellement prêt à s’engager dans une recherche spirituelle sans concession aura la force de suivre cette discipline exigeante.

Traditionnellement, le candidat était abandonné trois jours à la porte du temple, à mendier son admission. Cela permettait de tester sa force de caractère et sa motivation. En ce qui me concerne, j’essaye dès le départ, et par téléphone, d’ôter les fausses illusions apparentes. Mais il en reste toujours. A plusieurs reprises des pratiquants, parfois anciens, sont venus me trouver pour me dire : « j’abandonne, car je constate que je n’arrive à rien». Cette déclaration démontre combien le mental est retors et puissant. Par l’illusion qu’il entretient, il nourrit le moi qui se renforce, sous prétexte de cheminement spirituel. Il n’est pas rare, ainsi,  de rencontrer des individus qui, à force d’accumulation de mérites spirituels ou qu’ils croient tels, prétendent détenir la Vérité. Mais, au bout du compte, c’est souvent la déception qui survient.

L’erreur première est de croire qu’il y a une acquisition possible, puis un aboutissement où l’on parvient à un état de sagesse et de béatitude. Or, tout ce qui se fige meurt. Si vous devenez rigides dans vos pensées, vos convictions, vos jugements, si vous êtes incapables de vous remettre en cause, de considérer vos opinions en perspective, vous êtes à côté du chemin. Or, comme vous êtes en réalité le chemin, vous vous retrouvez en dehors de vous-mêmes. Autrefois, par moquerie et pour stigmatiser les pratiquants qui adoptaient une immobilité de l’esprit en même temps qu’une immobilité de posture, on les appelait des « arbres morts » : le zendo devenait « la salle des arbres morts ».

L’immobilité posturale sert à se poser, à apaiser le désordre intérieur en l’observant, à rassembler l’énergie pour mieux la libérer. Toutefois, le lâcher-prise du zen n’est pas le non-agir des taoïstes ; c’est le déblocage des points qui empêchent une action fluide et adaptée aux circonstances. Le zen, c’est du « surf spirituel » : c’est apprendre à se tenir sur la vague de la vie et, aussi, accepter de prendre le risque d’être englouti par elle.

Déjouer les astuces du moi et de son serviteur, le mental, nécessite donc de la volonté, de la ténacité et de la perspicacité. Vous ne recevrez rien, mais vous serez ce que vous acceptez d’être, ce que vous avez le courage d’être.

Il est très difficile de modifier ses habitudes. Là, il s’agit carrément de les abandonner, de se défaire des vieux fonctionnements, des schémas appris – ce que j’appelle parfois vos « valises » qu’il faut déposer ; il s’agit d’accepter d’aller les bras ballants et les mains vides, comme le bodhisattva sur la place du marché dans l’allégorie du dressage du buffle.

Si vous avez des comptes à rendre, c’est principalement à vous-mêmes, car si vous mentez, vous en êtes les premières victimes. Vous êtes votre pire ennemi, votre propre obstacle. Vous détachez-vous de la réalité ? Vous éloignez-vous des autres ? Portez-vous des jugements critiques sans aucune compassion ? Vous enfermez-vous dans vos certitudes ? Ces signes doivent vous alerter : vous êtes en train de vous éloigner de la voie sur laquelle vous prétendez être. Si vous n’acceptez pas de vous regarder sans indulgence, de lâcher prise dans un expir, de vous ouvrir sans préjugés à ce qui est, vous faites fausse route.

Il est essentiel de vous alléger et de vous rendre de plus en plus transparent à vous-mêmes. Bien sûr, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Le vertige de la liberté, de la vacuité, est tellement fort qu’il pousse souvent à l’abandon de la pratique. La solution proposée par le zen pour écarter cette frayeur du vide (ou appréhendé comme tel) est l’unification du corps et de l’esprit. C’est la justification même de l’insistance mise sur la posture qui devient le seul point d’appui tangible. Là, effectivement, l’esprit peut apprendre à se mouvoir sans ses références et ses repères habituels.

La vraie nature n’est pas à acquérir, puisque nous la portons déjà. Encore faut-il la révéler, comme un trésor caché dans une grotte. Certains prendront le temps d’enlever pierre après pierre, d’autres emploieront de la dynamite, d’autres encore appuieront sur un détonateur sans le faire exprès. Mais toute notion de durée reste un concept dont l’être n’a que faire et le pratiquant doit se souvenir que seul est réel l’ici et maintenant.

 Les textes classiques, les ouvrages divers, les kôans, les enseignements pourront vous aider, vous guider, vous encourager, vous stimuler, mais attention qu’ils ne deviennent pas eux-mêmes un piège : de simples jeux pour satisfaire encore et toujours le mental. Vous êtes à la fois, les pierres, la dynamite, le détonateur et le trésor caché.

Personne ne pratiquera et ne vivra jamais à votre place.



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